Entretien avec William Wright, pour la radio Sag Harbor, 1950 Script de l'entretien publié par F.V Connor in Jackson Pollock (MOMA New York, 1967) Catalogue Jackson Pollock, MNAM, Centre Georges Pomidou, 1982, in Art en théorie 1900-1990, une anthologie par Charles Harrison et Paul Wood, Hazan, 1997, éd française, p.638-639
"WW : Revenons à cette question de ta méthode que tant de gens aujourd'hui trouvent importante. Pouvez-vous nous dire comment vous avez développé votre méthode, et pourquoi vous peignez comme vous le faites ?
JP : A mon avis, la méthode s'élabore naturellement à partir d'un besoin, et de ce besoin l'artiste a tiré de nouvelles façons d'exprimer des méthodes différentes des techniques traditionnelles de la peinture; cela peut paraître étrange maintenant, mais je ne pense pas que ce soit véritablement très différent. Je peins sur le sol et ce n'est pas inhabituel, les Orientaux le faisaient.
WW : Comment appliquez-vous ta peinture sur ta toile ? Je crois comprendre que vous n'employez ni pinceaux ni rien de cette sorte ?
JP : La peinture que j'emploie presque toujours est liquide et très fluide. J'utilise les pinceaux davantage comme des bâtons - le pinceau ne touche pas la surface de la toile, il est juste au-dessus. Pourriez-vous expliquer l'avantage que représente l'emploi d'un bâton et de la peinture liquide plutôt que celui du pinceau sur ta toile ? Ça me permet d'être plus libre, d'avoir une plus grande liberté de mouvement autour de la toile, d'avoir plus d'aise ! Bien.
WW : Mais n'est-ce pas plus difficile à contrôler qu'un pinceau ? Je veux dire, ne risquez-vous pas davantage de mettre trop de peinture, ou d'en éclabousser, que sais-je encore ? Avec le pinceau, vous appliquez la peinture exactement où vous voulez et vous savez très bien de quoi le résultat aura l'air.
JP : Non, je ne pense pas. Je ne. ..enfin. ..avec l'expérience. ..il me semble possible de contrôler la coulée de peinture, dans une large mesure, et je n'utilise pas... je n'utilise pas l'accident…parce que je nie l'accident.
WW : C'est Freud qui a dit que l'accident n'existait pas. C'est ce que vous pensez ?
JP : Je crois que c'est en gros ce que je pense.
WW : Alors, vous n'avez vraiment pas d'image préconçue de votre toile dans la tête ?
JP : Pas exactement - non parce qu'elle n'a pas été créée, voyez-vous. C'est quelque chose de nouveau - c'est très différent du travail, disons, pour une nature morte où l'on dispose les objets et où l'on travaille directement à partir de cela. Mais j'ai une idée générale de ce que je veux faire et de ce que sera le résultat.
WW : Cela suppose la suppression complète de toute esquisse préliminaire ?
JP : Oui, j'aborde la peinture comme on aborde le dessin; c'est-à-dire directement. Je ne travaille pas à partir de dessins, je n'utilise pas d'esquisses en couleur ni de dessins en vue d'une peinture définitive. Je pense qu'aujourd'hui. ..plus la peinture est immédiate et directe. ..plus nombreuses sont les possibilités d'arriver à….-d'affirmer sa pratique ." |